L’événement « Eau-Secours ! Les bons tuyaux pour les industriels. » qui s’est tenu le jeudi 12 février, à Martigné-sur-Mayenne a rappelé combien l’année 2022, marquée par une sécheresse prolongée et de fortes tensions sur la ressource en eau, restait inscrite dans les mémoires. Cette situation a mis en difficulté à la fois les entreprises, confrontées à des contraintes inédites sur leurs activités, et les collectivités, chargées de garantir l’alimentation en eau potable et la continuité des services publics. Dans un contexte de dérèglement climatique désormais avéré, l’année 2022 ne doit plus être perçue comme exceptionnelle, mais comme l’illustration de ce que pourraient devenir, dans les prochaines décennies, des conditions climatiques normales. Face à cette nouvelle réalité, l’adaptation et la sobriété s’imposent pour maintenir les activités économiques et répondre durablement aux besoins des populations.
De la mesure à l’action : le principe des 3R pour économiser l’eau
Avant d’engager des investissements techniques parfois coûteux, la première étape consiste à mieux connaître et mesurer les usages de l’eau au sein de l’entreprise. Un suivi des consommations (par relevés réguliers, sous-compteurs ou outils de pilotage) permet d’identifier les postes les plus consommateurs, de détecter d’éventuelles anomalies et de repérer les potentiels d’économies. Cette connaissance est essentielle pour cibler les actions les plus pertinentes, mais aussi pour suivre les progrès réalisés et valoriser les résultats obtenus.
Une fois les usages bien identifiés, il est conseillé aux entreprises d’agir selon le principe des 3R : Réduire, Réutiliser, Recycler.
Réduire
La priorité est d’abord donnée à la réduction des consommations, en optimisant les procédés industriels, en réparant les fuites ou encore en adaptant certaines pratiques de nettoyage. Par exemple, dans les abattoirs, le raclage des résidus avant le lavage au jet d’eau permet de limiter significativement les volumes d’eau utilisés. Ces actions, souvent simples à mettre en œuvre, permettent d’obtenir des gains rapides et significatifs.
Réutiliser
Vient ensuite la réutilisation de l’eau, par exemple en valorisant certaines eaux de process pour des usages moins exigeants en qualité, comme le nettoyage ou le refroidissement.
Réutiliser
Enfin, lorsque cela est pertinent, le recyclage ou la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) peut être envisagé, grâce à des solutions techniques plus avancées.
Cette approche progressive permet de privilégier les actions les plus efficaces et les moins coûteuses, avant d’envisager des solutions techniques plus complexes.
Économiser l’eau : quels bénéfices pour les entreprises ?
La mise en œuvre d’actions visant à réduire les consommations d’eau présente de nombreux avantages pour les entreprises :
- Une meilleure prévention des risques de pénuries et de restrictions, garantissant une plus grande continuité d’activité ;
- Une réduction des risques réglementaires (sanctions, contentieux, limitations administratives) et préparation à des réglementations futures plus contraignantes ;
- Une anticipation de potentielles hausses du prix de l’eau et maîtrise des coûts ;
- Un renforcement de l’image de marque et de la démarche RSE par des actions concrètes et mesurables et une différenciation concurrentielle sur des marchés de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux ;
- Enfin, dans la grande majorité des cas, la réduction de la consommation d’eau s’accompagne également d’une baisse des émissions de gaz à effet de serre.
Les programmes d’accompagnement pour les entreprises
Afin de soutenir les entreprises dans leurs démarches de réduction des consommations d’eau, plusieurs dispositifs d’accompagnement existent. Le programme Ressourc’Eau de la CCI propose un appui technique pour identifier les leviers d’économie d’eau et mettre en œuvre des actions adaptées aux spécificités de chaque activité. En complément, les aides de l’Agence de l’Eau permettent de soutenir financièrement les études et travaux nécessaires.
Des entreprises qui agissent
Lors de la table ronde « Eau-Secours ! », plusieurs entreprises ont partagé leur retour d’expérience. Les exemples présentés ci-dessous illustrent des démarches engagées dans le département, avec l’appui financier de l’Agence de l’Eau.
Vaubernier
L’entreprise Vaubernier, située à Martigné-sur-Mayenne, est notamment connue pour la fabrication du fromage Bons Mayennais. En 2025, le site a enregistré une consommation d’eau d’environ 95 500 m³.
Entre 2020 et 2025, l’entreprise a réussi à réduire sa consommation d’eau d’environ 30 %, notamment grâce à l’optimisation de plusieurs procédés industriels. Cette amélioration s’est appuyée sur la modernisation du système de nettoyage, avec le remplacement d’un tunnel et l’installation d’une NEP (Nettoyage En Place), ainsi que sur l’optimisation du système de refroidissement par la mise en place d’une tour adiabatique. Des améliorations ont également été apportées au système de sécurité incendie.
En 2026, l’entreprise a franchi une nouvelle étape en mettant en place une GTU (Gestion Technique des Utilités), un système permettant de piloter et de surveiller les fluides et les services énergétiques indispensables à son activité. Cet outil offre un suivi de la consommation en temps réel et dispose d’un système d’alerte par mail ou SMS en cas de consommation anormale. Il permet également l’automatisation de certaines vannes, qui peuvent se fermer automatiquement si aucune intervention humaine n’a lieu après une alerte. La GTU constitue ainsi un véritable outil d’aide à la décision, facilitant la détection d’anomalies telles que les fuites et contribuant à améliorer durablement la gestion et les économies d’eau au sein de l’entreprise.
Blanchisserie du Maine
Créée en 1937, la Blanchisserie du Maine connait une forte croissance depuis le début des années 2000. L’entreprise a progressivement organisé ses activités autour de deux unités de production situées à Laval : l’une dédiée aux secteurs de la santé et de l’industrie, l’autre spécialisée dans l’hôtellerie et la restauration. Elle intervient aujourd’hui auprès de clients répartis sur l’ensemble du Grand Ouest.
Au fil des années, les évolutions technologiques ont permis de réduire significativement les consommations d’eau. L’installation de tunnels de lavage a notamment constitué un levier majeur d’optimisation de la consommation d’eau.
La performance environnementale du lavage est désormais pleinement intégrée à la stratégie de l’entreprise. Dans une logique de sobriété hydrique, de nombreuses actions ont été mises en place, en particulier autour des deux premiers axes des 3R : réduire et réutiliser. L’entreprise a ainsi renforcé le suivi de ses consommations grâce à la multiplication des dispositifs de mesure et développé des systèmes de réutilisation interne de l’eau pour certains usages, notamment dans l’activité hôtellerie-restauration où les contraintes sanitaires sont moins strictes.
Entre 2004 et 2025, la consommation d’eau liée au lavage est ainsi passée de plus de 15 litres par kilogramme de linge traité à environ 3,3 litres, soit une réduction d’environ 80 % sur la période. Ce niveau de performance représente aujourd’hui une consommation près de trois fois inférieure à la moyenne du secteur.
Cette démarche est complétée par d’autres initiatives, comme la récupération des calories des eaux rejetées afin de valoriser l’énergie thermique, ou encore l’utilisation de l’eau de pluie pour les sanitaires.
Volena
Volena est une filiale du Groupe LDC, leader en France dans le secteur de la volaille et des produits traiteurs, basée dans la Grand Ouest regroupant les société SNV, Volailles Rémi Ramon, Socadis, Ronsard IDF et LTV . En Mayenne, la consommation d’eau de Volena a atteint 660 000 m³ en 2025, répartis sur six sites industriels. Chacun de ces sites présente des caractéristiques spécifiques en matière de traitement de l’eau : présence ou non de prétraitement, de STEP (station d’épuration) ou encore de procédés de REUT (réutilisation des eaux usées traitées) sur site.
Le groupe a mis en place un système de management de la ressource en eau, adossé à la norme ISO 50001. Dans ce cadre, l’eau est considérée au même titre que les autres ressources énergétiques utilisées dans l’industrie, et fait l’objet d’un pilotage structuré intégrant les enjeux économiques, réglementaires et environnementaux. Les équipes impliquées dans cette démarche sont pluridisciplinaires, ce qui permet une approche globale et transversale de la gestion de la ressource.
Afin d’identifier des pistes d’amélioration, Volena réalise des audits de terrain portant sur les usages de l’eau. Ces démarches sont complétées par des actions de sensibilisation aux économies d’eau auprès des équipes. Elles s’accompagnent également d’investissements techniques visant à optimiser les procédés et les équipements. À titre d’exemple, le site SNV Laval, qui est le plus consommateur d’eau à l’échelle de la Mayenne, a enregistré une baisse de sa consommation de 11 %, soit 26 800 m³ économisés, grâce aux actions mises en œuvre au cours de l’année 2025. L’optimisation de la consommation d’eau s’appuie également sur l’utilisation d’une GTC (Gestion Technique Centralisée), permettant un suivi précis des consommations et l’identification rapide d’anomalies pour mise en place de pistes d’amélioration.
Lactalis
Enfin, la question de la sécurisation de l’alimentation en eau potable a également été abordée lors de la table ronde, notamment à travers le témoignage de Jonathan Nevi, directeur de la Société Laitière de Mayenne (groupe Lactalis).
Le site de Mayenne est un important site du groupe Lactalis pour le traitement du lait et du lactosérum, alimenté notamment par les sites de Charchigné (53), Craon (53), et de Bouvron (44).
L’enjeu principal pour Lactalis est de limiter l’impact de ses prélèvements sur le réseau collectif, exploité par Veolia, concessionnaire de la ville de Mayenne. Les débits importants nécessaires à l’activité peuvent en effet provoquer des coups de bélier susceptibles d’endommager les infrastructures eau potable.
Pour y répondre, et afin de réduire le risque de rupture d’alimentation en eau, l’entreprise travaille en étroite collaboration avec Veolia afin de lisser les prélèvements d’eau. Un projet d’investissement prévoit notamment l’installation de deux cuves de stockage permettant de prélever l’eau de manière plus régulière, à un débit d’environ 60 m³ par heure, afin de limiter les variations brutales sur le réseau.