À retenir en quelques lignes 

  • Le bois énergie fournit déjà 756 GWh par an en Mayenne, soit 16 % des besoins de chaleur du département et l’équivalent du chauffage annuel de 62 200 habitants. 
  • Le bois consommé provient principalement de bûches, de granulés et surtout de plaquettes de bois déchiqueté
  • Une partie importante de la ressource mayennaise est issue du bocage, dont les haies rendent aussi de nombreux services écosystémiques : stockage de carbone, biodiversité, protection des sols et de l’eau, etc. 
  • La gestion durable des haies, notamment garantie par le Label Haie, permet de produire du bois tout en assurant le renouvellement de la ressource et le maintien des fonctionnalités écologiques.  
  • Les études régionales montrent qu’il existe encore un potentiel de mobilisation du bois, mais son développement dépendra de la gestion qui en est faite et de l’adaptation des peuplements au changement climatique. 

Quand on parle de transition énergétique, on pense souvent aux panneaux solaires, aux éoliennes ou aux voitures électriques. En Mayenne, comme dans le reste de la France, la première énergie consommée est bien la chaleur. Se chauffer, chauffer de l’eau, maintenir une température dans une école, un Ehpad ou une entreprise représente près de 50 % des besoins énergétiques du département. La mobilité représente environ 30 % et l’électricité spécifique, les 20 % restants. 

Chaque hiver, des milliers de Mayennais allument un poêle à bûches, remplissent un silo à granulés ou bénéficient de la chaleur produite par une chaufferie collective. Derrière ce geste familier se cache l’une des principales énergies renouvelables du département : le bois. Souvent associée à l’image d’une énergie locale et naturelle, la filière bois énergie soulève pourtant une question essentielle :

Dans un contexte de transition énergétique et de changement climatique, quelle est vraiment la place du bois en Mayenne aujourd’hui et comment continuer à utiliser cette ressource tout en préservant les haies, les boisements et les forêts qui la produisent ? 

Quelle place occupe le bois énergie dans la consommation d’énergie en Mayenne ?


Le bois énergie est aujourd’hui bien plus qu’une énergie d’appoint. En 2024, le bois énergie en Mayenne représente 756 GWh de chaleur produite, soit 16 % des besoins de chaleur et de froid du territoire. Cela équivaut aux besoins de chauffage annuels d’environ 62 200 habitants, soit 1,5 fois la population de Laval. 

La Mayenne compte 159 chaufferies collectives qui alimentent des écoles, des piscines, des établissements de santé, des bâtiments publics et des entreprises.  Parmi elles, quelques grandes installations jouent un rôle structurant.

Les 7 chaufferies de plus de 1 MW assurent à elles seules 220 GWh, soit 86 % de la chaleur produite par l’ensemble des chaufferies collectives mayennaises. Le bois énergie constitue déjà l’une des principales sources de chaleur renouvelable du département. 

D’où vient le bois qui chauffe la Mayenne ?


Les bûches : une ressource très locale… mais pas uniquement 

Les particuliers qui se chauffent au bois utilisent principalement des bûches. 

Une part importante de cet approvisionnement repose sur un maillage de fournisseurs locaux : agriculteurs, exploitants forestiers, entreprises de travaux forestiers ou négociants de proximité. On estime qu’environ la moitié des volumes consommés provient de ces circuits locaux.

L’autre moitié est commercialisée par des opérateurs régionaux ou nationaux qui peuvent s’approvisionner au-delà des frontières départementales selon les besoins du marché.  

Les granulés : une filière industrielle 

Fabriqués à partir de sciures et de copeaux issus de l’industrie du bois, les granulés valorisent principalement des sous-produits de scieries. Leur marché est largement interconnecté à l’échelle régionale, nationale et parfois européenne. 

Une partie des granulés consommés en Pays-de-la-Loire provient également des grands bassins de production de l’Ouest et du Centre de la France. Les plus près de la Mayenne se trouvent en Pays-de-la-Loire, en Bretagne et en Normandie. 

Les plaquettes : le cœur du bois énergie collectif 

Les chaufferies collectives mayennaises fonctionnent en grande partie au bois déchiqueté

Cette diversité constitue l’une des forces de la filière : elle permet de valoriser des ressources différentes selon les territoires et les usages. 

La haie bocagère : une ressource énergétique mais aussi un patrimoine vivant 


Réduire la haie à une simple source de combustible serait une erreur. Le bois énergie n’est d’ailleurs qu’une des nombreuses valorisations possibles de la haie. Celle-ci peut produire du bois d’œuvre, des piquets, du paillage, de la litière animale ou encore générer des bénéfices environnementaux valorisables. Une haie ralentit le ruissellement de l’eau, protège les sols de l’érosion, fournit de l’ombre aux animaux, stocke du carbone, offre un habitat à de nombreuses espèces, etc..  


Dans un contexte de sécheresses plus fréquentes, ces fonctions deviennent même de plus en plus importantes. L’enjeu n’est donc pas seulement de produire du bois, mais de préserver l’ensemble des fonctions rendues par ces infrastructures naturelles. C’est précisément ce qui explique le développement de démarches comme le Label Haie.

L’objectif est simple : produire du bois tout en assurant le renouvellement du bocage et le maintien de ses fonctions écologiques. 

Le cahier des charges de ce Label impose notamment le maintien du linéaire de haies, la régénération après les coupes, la préservation d’arbres d’intérêt écologique, des cycles de gestion adaptés à la croissance des arbres et une limitation des prélèvements annuels.  

Pour un agriculteur, cette démarche ne consiste pas seulement à vendre du bois. 

En Mayenne, 107 agriculteurs sont aujourd’hui engagés dans cette démarche avec la SCIC Mayenne Bois Énergie. 7 000 tonnes de bois ont été commercialisées en 2024-2025, soit 35% de plus que l’année précédente. En 2025-2026, la SCIC MBE atteint 12 000 tonnes commercialisées.  

Un bois qui circule aussi hors de la Mayenne 


La filière bois fonctionne à l’échelle d’un bassin de proximité plus qu’à celle des frontières départementales. 

Une chaufferie située à Rennes ou à Ancenis peut être plus proche d’un gisement mayennais qu’un équipement installé à l’autre extrémité du département. 

Néanmoins, l’enquête menée par Fibois Pays-de-la-Loire et l’observatoire TEO montre que 97 % du bois consommé par les 35 plus grandes chaufferies des Pays-de-la-Loire provient des Pays-de-la-Loire ou des départements limitrophes. 

Bois énergie : quelles perspectives pour 2030 et 2035 en Mayenne ? 


Les projets recensés et estimés de chaufferies bois en Mayenne montrent que le bois énergie pourrait prendre une place encore plus importante dans les années à venir. 

Si ces perspectives se concrétisent, la production de chaleur issue du bois augmenterait de près de 43 % d’ici 2035. 

Cette évolution serait principalement portée par les réseaux de chaleur et les grandes chaufferies collectives. L’usage domestique resterait stable dans les prochaines années grâce au remplacement du parc des anciens appareils et à l’amélioration de l’efficacité des nouveaux. 

Le bois énergie pourrait ainsi devenir un pilier encore plus important de la transition énergétique locale. En Mayenne, cette trajectoire semble cohérente avec les caractéristiques du territoire : présence d’un bocage développé, savoir-faire agricole, réseau d’acteurs structuré et expérience des chaufferies collectives. Privilégier les projets de territoires inscrits dans une démarche écologique est une doctrine adoptée instinctivement depuis plus de 20 ans par la Mayenne.

Figure 1- Chaudière bois granulé de l’école de Grazay  

La ressource bois est-elle suffisante pour répondre aux besoins futurs ? 


Face à ces perspectives, une question demeure : la ressource sera-t-elle au rendez-vous ? 

À l’échelle régionale, les analyses menées dans le cadre du Schéma Régional Biomasse (SRB) des Pays-de-la-Loire montrent que la Région dispose encore d’un potentiel de mobilisation supplémentaire. Selon la note sur la ressource de FIBOIS Pays-de-la-Loire, les prélèvements réalisés aujourd’hui restent globalement inférieurs à la production biologique des forêts et des haies, ce qui signifie qu’une partie de la croissance annuelle du bois n’est pas récoltée. 

Le taux moyen de prélèvement régional représente environ 60 % de l’accroissement biologique annuel. 

Nous ne faisons donc pas face aujourd’hui à une pénurie immédiate. Pour autant, cette marge de manœuvre ne doit pas être interprétée comme un stock librement exploitable. En effet, le changement climatique invite cependant à la vigilance. Les épisodes de sécheresse et de canicule observés ces dernières années peuvent ralentir la croissance de certaines essences et augmenter les phénomènes de dépérissement. La ressource reste disponible, mais sa capacité de renouvellement dépendra de plus en plus de la diversité des essences, de la qualité des sols et des pratiques de gestion mises en œuvre. 

Comment agir ? 


La pérennité du bois énergie repose avant tout sur la gestion de la ressource et sur la structuration de filières locales. 

Le véritable enjeu n’est pas de consommer plus ou moins de bois, mais de faire en sorte que chaque chaufferie, chaque kilomètre de haie entretenu et chaque tonne de bois mobilisée participent à la fois à la transition énergétique et au renouvellement durable de la ressource. 

Envie d’agir pour préserver et développer les haies mayennaises ? Découvrez les dispositifs, aides et actions proposés dans le cadre de la politique bocagère départementale

Comprendre pour agir 


Le bois énergie est déjà une réalité du quotidien pour de nombreux Mayennais. Il fournit une chaleur locale, renouvelable et contribue à réduire le recours aux énergies fossiles. 

Sa force réside dans un principe simple : contrairement au gaz ou au pétrole, le bois repousse. 

Mais cette capacité de renouvellement n’est jamais acquise. Elle dépend directement de la qualité de gestion des haies, des forêts et des boisements. 

L’avenir de la filière se jouera sur un juste équilibre entre le développement des chaufferies et des réseaux de chaleur ayant recours au bois géré durablement et la capacité du territoire à maintenir un bocage vivant, productif et résilient face au changement climatique. 

Autrement dit, le bois énergie est bien une énergie d’avenir. À condition que la gestion durable de la ressource reste au cœur de son développement. 


Sources