À retenir en quelques lignes

  • Les incendies ont toujours existé, mais les conditions qui favorisent leur propagation évoluent sous l’effet du changement climatique.
  • La durée mondiale de la saison favorable aux incendies a augmenté de 18,7 % entre 1979 et 20131.
  • En France, 9 incendies sur 10 sont liés aux activités humaines10: 35% liés à des travaux (publics, agricoles, industriels, bricolage), 25% d’origine criminelle, 15% liés aux infrastructures (lignes électriques, chemin de fer), 15% liés aux particuliers (barbecue, mégots, feux d’artifice) et enfin 10% d’origine naturelle (foudre). Il est à noter que 75% des incendies sont d’origine non criminelle.
  • Près de 31 % du territoire métropolitain et 61 % de la forêt française sont aujourd’hui exposés au risque incendie6.
  • Près de 85 000 ha ont brulés en France entre janvier et juillet 2026, un niveau inédit depuis plusieurs décennies7.
  • La Mayenne ne connaît pas les mégafeux de la Gironde, mais elle est déjà confrontée à davantage de sécheresses, de feux de récolte, de départs de feu simultanés et de niveaux de vigilance renforcés.

Dans la nuit du 13 au 14 juillet, une odeur de fumée a flotté sur une partie de la Mayenne. Pour beaucoup d’habitants, ce phénomène n’était pas totalement inédit : les fumées d’incendies lointains ont déjà, par le passé, traversé le département. Mais cette fois, le sentiment était différent. Derrière l’odeur de brûlé est apparue une question plus inquiétante : et si un incendie menaçait un jour nos propres territoires ?

Alors que la Gironde faisait face à un incendie historique et que la Mayenne était placée en risque incendie élevé, les départs de feu se multipliaient localement. De quoi nourrir une interrogation légitime : assistons-nous à une véritable aggravation du phénomène ? Les incendies sont-ils aujourd’hui plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à maîtriser, ou simplement davantage médiatisés qu’autrefois ?

Le feu a toujours existé. Les conditions ont-elles changées ?


Les incendies font partie de l’histoire des paysages.
La foudre pouvait déjà déclencher des feux bien avant l’industrialisation. Les sécheresses existaient déjà. Les étés chauds aussi.


Pourtant, l’étude menée par William Jolly montre que la durée mondiale de la saison favorable aux incendies a augmenté de 18,7 % entre 1979 et 2013. 25,3 % des surfaces végétalisées mondiales connaissent aujourd’hui une saison du feu plus longue qu’auparavant1.

Les travaux du GIEC2, de Météo-France3 et de l’INRAE4 montrent que les températures augmentent, les sécheresses deviennent plus fréquentes et la végétation demeure sèche plus longtemps. Une prairie desséchée après plusieurs semaines sans pluie, un sous-bois soumis à un déficit hydrique prolongé ou une haie fragilisée par des vagues de chaleur répétées deviennent plus vulnérables au feu.

Pour qu’un feu existe, trois ingrédients doivent être réunis : une source d’énergie, un combustible et de l’oxygène. Les spécialistes parlent du triangle du feu15. Le changement climatique n’ajoute pas un quatrième élément à ce triangle. En revanche, il agit sur l’un des plus importants : le combustible.

L’année 2026 illustre cette tendance. Entre janvier et juillet, près de 85 000 hectares ont déjà brûlé en France, selon les données européennes d’EFFIS7. En 7 mois, c’est l’équivalent d’un sixième du département mayennais qui a brûlé.

Quand le feu évolue ?


Les grands incendies ont toujours existé. L’histoire française garde notamment la mémoire du grand incendie des Landes de 1949, qui fit 82 victimes. Alors pourquoi avons-nous aujourd’hui l’impression d’assister à quelque chose de nouveau ? Parce que les incendies ne sont plus seulement des événements locaux. Et certaines situations deviennent suffisamment extrêmes pour produire des phénomènes autrefois réservés à quelques régions du monde.

Le mégafeu qui a touché la Gironde a produit un phénomène spectaculaire : un pyrocumulonimbus, parfois appelé « orage de feu ».

Sous l’effet de la chaleur extrême, l’air s’élève brutalement en emportant fumées, particules et vapeur d’eau. Cette colonne peut former un immense nuage capable de produire des turbulences, des rafales de vent et parfois même des éclairs.
Le feu commence à influencer la météo.

Les incendies contemporains peuvent devenir plus rapides, plus imprévisibles et plus difficiles à maîtriser. Même lorsqu’ils semblent éteints.
Les spécialistes observent parfois des reprises de feu, que certains médias qualifient de feux zombies, capables de continuer à couver discrètement dans le sol ou dans les souches avant de repartir plusieurs jours plus tard16.
Autrement dit, la durée d’un incendie ne se mesure pas seulement au temps pendant lequel les flammes sont visibles.

Ce qui brûle avec la forêt


Les images montrent souvent des flammes. Pourtant, lorsqu’un incendie éclate, ce ne sont pas seulement des arbres qui disparaissent :

  • Pour un agriculteur, cela peut être plusieurs hectares de culture, une récolte prête à être moissonnée ou un stock de fourrage destiné au bétail.
  • Pour une collectivité, ce sont des moyens humains et financiers mobilisés pendant plusieurs jours.
  • Pour les pompiers, ce sont des interventions réalisées dans des conditions parfois particulièrement difficiles et dangereuses.

À l’échelle européenne, les incendies représentent plusieurs milliards d’euros de dommages chaque année. Les conséquences écologiques sont tout aussi importantes.

Le feu n’est pas automatiquement synonyme de catastrophe pour toute la biodiversité. Certains milieux savent se régénérer. Certaines espèces recolonisent rapidement les espaces brûlés. Mais lorsque les incendies deviennent plus fréquents ou trop rapprochés dans le temps, les écosystèmes n’ont plus le temps de récupérer11,12.


Une forêt peut brûler en quelques heures. Sa reconstruction peut nécessiter plusieurs décennies. Les travaux de l’Observatoire des forêts françaises et de l’Agence régionale de la biodiversité d’Île-de-France montrent d’ailleurs qu’il n’est pas nécessaire d’opposer biodiversité et prévention incendie11,12. Les paysages qui résistent le mieux sont souvent les plus diversifiés : haies, prairies, cultures, boisements variés et zones humides créent une mosaïque plus résiliente qu’un paysage uniforme.

Pourquoi la Mayenne est-elle concernée ?


Pendant longtemps, la Mayenne semblait relativement éloignée de ces préoccupations. Les incendies étaient ceux des autres. Cette impression évolue.

L’été 2022 a marqué les esprits. En pleine sécheresse, les pompiers mayennais parlaient d’une situation « jamais vue depuis vingt ans ». Les feux de récolte, de chaume et de végétation se multipliaient. Au moment des moissons, une simple étincelle produite par une machine agricole pouvait embraser plusieurs hectares en quelques minutes.

Depuis, les exemples se succèdent :

Mis bout à bout, ces évènements montrent que les incendies ne concernent plus uniquement les forêts. Ils touchent les récoltes, les exploitations agricoles, les habitations, les entreprises et les espaces naturels. Ils concernent particulièrement les territoires bocagers comme la Mayenne, où cultures, haies, exploitations agricoles, espaces naturels et habitations sont fortement imbriqués.

Dans le même temps, la sécheresse devient un sujet récurrent. Les restrictions d’usage de l’eau se renforcent. Certains agriculteurs avancent leurs récoltes faute d’humidité suffisante dans les sols. Les prairies jaunissent parfois dès le début de l’été. Ces phénomènes participent à créer un environnement plus vulnérable au feu.

Pour les habitants, cette évolution ne prend pas forcément la forme d’images spectaculaires. Elle se manifeste plus souvent par des restrictions d’eau, des interventions plus fréquentes des pompiers, des récoltes perturbées ou des espaces naturels soumis à davantage de vigilance. C’est souvent ainsi que le changement climatique entre dans le quotidien.

Peut-on encore agir ?


Face aux images venues de Gironde, il serait facile de penser que tout se joue désormais à l’échelle des canadairs. Ces moyens resteront indispensables, mais ils interviennent lorsque le feu est déjà déclaré.


Derrière chaque incendie se trouvent des femmes et des hommes mobilisés parfois pendant plusieurs jours pour protéger les habitants, les exploitations agricoles, les entreprises et les espaces naturels.

Une partie de la réponse se construit donc bien avant le départ de feu. Une cigarette jetée depuis une voiture. Un brûlage mal maîtrisé. Des travaux réalisés dans des conditions trop sèches. Une machine agricole produisant une étincelle.
Lorsque neuf incendies sur dix sont d’origine humaine10, chaque départ de feu évité compte.

L’action passe également par la manière dont nous entretenons les paysages. Les travaux de l’INRAE8, de l’Observatoire des forêts françaises13 et du Portail national de l’adaptation au changement climatique14 montrent qu’un territoire résiste mieux lorsqu’il conserve davantage d’eau, d’ombre et de diversité.


Cela peut se traduire par des gestes très concrets :

Ces actions n’empêcheront pas un mégafeu en Gironde. Mais elles contribuent à construire des paysages moins vulnérables à la chaleur, à la sécheresse et au feu. Elles améliorent aussi la biodiversité, la qualité des sols et la capacité du territoire à retenir l’eau. Tout l’enjeu consiste précisément à éviter d’attendre que tout brûle pour commencer à agir. Et le meilleur moyen de limiter la multiplication de ces incendies reste de baisser nos émissions de gaz à effet de serre.

Comprendre pour agir


L’odeur de fumée ressentie dans la nuit du 13 juillet n’était pas exceptionnelle. Mais pour la première fois, beaucoup se sont demandé si ces incendies que l’on regardait autrefois de loin pouvaient un jour devenir un sujet local. Les données scientifiques montrent que cette inquiétude ne relève pas seulement d’une impression. Les saisons du feu s’allongent. Les sécheresses deviennent plus fréquentes. Les conditions favorables aux incendies progressent vers des territoires qui se pensaient relativement protégés.


Les incendies racontent une histoire de flammes. Ils racontent aussi notre rapport à l’eau, à l’agriculture, à la biodiversité, à l’aménagement du territoire et aux femmes et aux hommes qui interviennent lorsque le feu survient malgré tout. À mesure que les conditions favorables aux incendies augmentent, les moyens de prévention, de surveillance et d’intervention deviennent eux aussi un enjeu d’adaptation.

Pour aller plus loin


Comment préserver une ressource de plus en plus précieuse ?

Découvrez notre article qui vous donne des conseils pour économiser l’eau grâce à de petits gestes et en jardiant malin.

Canicule en Mayenne : un signal fort du changement climatique

Découvrez notre décryptage sur les canicules en Mayenne : pourquoi elles sont anormales et ce que cela révèle.

[1] Jolly W.M., Cochrane M.A., Freeborn P.H. et al. (2015), Climate-induced variations in global wildfire danger from 1979 to 2013, Nature Communications.
[2] GIEC (2022), Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability (Working Group II), chapitre Europe.
[3] Météo-France, Quel impact du changement climatique sur les feux de forêt ?
[4] INRAE, Le dérèglement climatique attise les risques de feux de forêt.
[5] France Inter, Avec 150 millions d’hectares brûlés entre janvier et avril 2026, l’année s’annonce hors norme selon les scientifiques.
[6] Service des données et études statistiques (SDES), Chiffres clés des risques naturels : feux de forêt et de végétation.
[7] European Forest Fire Information System (EFFIS), données européennes sur les surfaces brûlées.
[8] Observatoire des forêts françaises, Projections des effets du changement climatique sur l’activité des feux de forêt au XXIe siècle.
[9] Copernicus & Organisation météorologique mondiale, European State of the Climate.
[10] Géorisques ; Office national des forêts, données sur l’origine des incendies en France.
[11] Observatoire des forêts françaises, Préservation de la biodiversité et protection contre les incendies.
[12] Agence régionale de la biodiversité d’Île-de-France, Comment concilier biodiversité et défense des forêts contre les incendies ?
[13] INRAE, 8 conseils pour aménager son jardin et protéger sa maison des incendies.
[14] Portail national de l’adaptation au changement climatique, dossier Feux de forêt.
[15] Alertis, Le triangle du feu.